[Nouvelle (très) Courte] Sur La Palissade.

#1
Glumyr, du haut de la palissade en bois, scrutait depuis quelques heures la brume étrange qui rampait depuis la forêt, elle approchait sournoisement du village comme muée d'une vie propre et encerclait maintenant Puyzal. Étrange. En contre-bas, dans les volutes poisseuses et blafardes, le garde inquiet voyait les silhouettes décharnées des morts-vivants qui s’agglutinaient, toujours plus nombreux, dodelinant tels des pantins grotesques, jetant parfois à Glumyr des regards voraces, il crachat par dessus le garde-corps un glaviot gelé de dégoût.

Malgré son épaisse cape en peau de loup, Glumyr frissonnait, sa main gantée crispée sur la hampe de sa lance, il se détourna de ce spectacle lugubre et fit un signe dans la direction de son compagnon, Joryk, qui se trouvait de l’autre côté de la passerelle, lui aussi emmitouflé dans sa broigne recouverte d’épaisses fourrures. Son compagnon était à peine visible car de son côté des remparts, la brume avait envahi déjà une bonne portion de la passerelle et Glumyr discernait à peine son visage dissimulé sous le nasal de son casque en fer, ne sachant pas trop si son camarade l’avait vu. Il soupira dans l’air glacial et s’approcha avec lassitude de Joryk qui ne semblait pas bouger, sans doute en contemplation comme lui de ce qui se tramait au dehors, ou bien était-il endormi le salopard ? Il était lui aussi las, ces dernières heures avaient été éprouvantes, le guet était sous tension et on leur avait demandé d’être plus vigilant depuis l’apparition en masse des morts-vivants aux portes du village fortifié. Plus tôt dans la soirée, il avait dû courir aux quatre coins de Puyzal pour renforcer les défenses, et avait même entendu cette rumeur qui disait que le baron était mort, ce qui rendait tout le monde encore plus nerveux. La nervosité ça il connaissait, c’était ce qui le tenait encore éveillé à cette heure tardive et il allait le rappeler à Joryk en lui chatouillant un peu les côtes avec la hampe en bois de sa lance. La nappe de brouillard était vraiment devenue épaisse, si bien que Glumyr ne voyait que la silhouette de Joryk maintenant, il empoigna solidement sa lance et plaça un petit coup entre les côtes du garde, il fut surpris d'avoir frappé comme dans un bloc de glace.

Le visage de Joryk était livide, ses yeux étaient laiteux comme ceux d'un poisson mort et sa bouche se déforma en un sifflement étouffé. Toujours enveloppé par la brume, dont les volutes semblaient onduler comme des serpents au dessus de sa tête, Joryk se tourna mécaniquement vers Glumyr en pointant sa lance sur son poitrail puis frappa. Glumyr était terrifié, mais il sorti à temps de sa torpeur et esquiva le coup mortel qui passa à quelques centimètres de son ventre. Il para douloureusement de son bouclier un deuxième assaut, puis se ressaisissant, frappa à son tour de toutes ses forces, profitant d'une ouverture que lui offrit Joryk... Enfin cette chose morte. La pointe de sa lance s'enfonça dans la poitrine de Joryk, au niveau du cœur, coup mortel par excellence mais ce qui n'ébranla pas pour autant la sentinelle morte qui frappa à nouveau avec son bouclier la tête Glumyr. Le choc n'était pas violent mais suffisamment fort pour lui faire voir des étoiles et le faire glisser sur la dalle gelée du chemin de garde. Il bascula dans la cour en contre-bas où il s'y écrasa rudement.
Noir.

Quand il ouvrit enfin un œil, Glumyr était dans les vapes, étalé de tout son long dans la neige et légèrement blessé à la cheville après cette chute de 3 mètres. Il n'arriva pas à se remettre debout tout de suite et renonça après quelques tentatives. Il était fatigué de toutes façons, il avait besoin de se reposer un peu. Autour de lui la brume ondulait étrangement dans l'air gelée, il ne voyait pas à un mètre, il avait l'impression d'être loin de ses préoccupations, très loin, c'était si calme, si apaisant, il se sentait bien et n'avait pas froid bizarrement, il était par contre extrêmement fatigué, il avait vraiment besoin de se reposer, il le méritait après tout. Allez, juste fermer les yeux quelques instants, le temps de se reposer un peu... Un instant... Joryk surveillera à sa place en attendant... Il a le droit... Personne ne le saura... Juste un inst...

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